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EN CHINE, UN SMARTPHONE OU LA LOSE

Plus on est oisif, plus on se perd dans les méandres de la connerie électronique. Jusqu’à faire de ces habitudes des réflexes inconditionnels qui dépassent même l’ennui.

Il y a un sujet dont je devais traiter et qui me stimulait les circuits depuis déjà quelque temps : la place du smartphone dans la société chinoise.

Toutes similitudes à des cas observés dans d’autres pays ne sont pas le fruit de votre imagination.

Avant mon arrivée en Chine, je n’étais pas une fervente utilisatrice du portable. Dotée d’un forfait à 2 balles, mon utilisation se limitait aux fonctions sms et appel. Néanmoins, ça me convenait parfaitement. Mais, ça, c’était avant…

Tout bascula lorsque je débarquais fraîchement dans l’empire du Milieu. Laisser mon smartphone à la maison est depuis devenu une aberration. C’est trop agréable, pratique et essentiel pour en faire abstraction une seule seconde. Tant que la raison veille au juste milieu.

Quelle que soit la durée de votre séjour en Chine, vous ne pourrez pas la louper. Une forêt d’écran baigne les visages d’une lueur douce. Une horde de portables tenue à bout de bras s‘avance. À chaque angle. À toute heure. En toute circonstance. Les cous sont penchés, les yeux sont rivés, les oreilles occultées et les pensées happées. Le portable hors de votre attention, vous vous sentez seul spectateur du tableau. Maître d’un environnement réel d’interactions matérielles.

Forêt d'écrans dans le métro chinois

Mais ce serait une belle hypocrisie que de me faire juge d’autrui. Moi-même, je fais désormais de mon smartphone l’extension privilégiée de ma main. En Chine, et peut-être plus qu’ailleurs, on tient son portable à portée de main quand on ne l’a pas en permanence entre les doigts. On s’habitue rapidement à son poids discret mais réconfortant. Quelles sont donc les trois raisons principales d’une telle frénésie ?

1. Wechat

Wechat, je l’avais déjà évoqué dans les indispensables pour se rendre en Chine. Au doigt mouillé, cette application doit renfermer à elle seule 70% de l’utilisation de leur smartphone chez les Chinois. Créée en 2011, c’est le couteau suisse qui a su se rendre essentiel par l’intégration de nombreux services à travers deux fonctions majeures :

  • La communication par l’échange de messages écrits ou vocaux
    • Entre particuliers
    • Avec des entreprises
    • Dans des groupes dédiés à … la photo, le cinéma, vos camarades d’études, votre travail, un bar et j’en passe…
    • Réception d’abonnement à des news de toutes sortes (journaux, commerces, artistes… )
  • Le paiement grâce à son portefeuille Wechat
    • Transport (Taxi, billets d’avion ou de train, vélos partagés, ambulance…)
    • Services (internet, gaz, électricité, essence, téléphone…)
    • Réservation d’hôtel, places de cinéma, dons à des associations…

La liste est encore longue et je suis loin d’avoir fait le tour de ladite application. Globalement, ce sont 846 millions de Chinois qui l’utilisent quotidiennement. C’est-à-dire, plus de la moitié de la population du pays et près de 12,5 fois celle de la France.

Une chinoise regarde son smartphone avant de nous prendre en photo

À long terme, le but de Wechat est de remplacer toutes les autres applications présentes dans les smartphones de ses utilisateurs.

Alors, à quand une application de paiement couramment employée en France ? Ah, on me siffle dans l’oreillette qu’il y a foire d’empoigne en ce moment sur le sujet.

En ce qui concerne ce sujet, je vous invite à lire un article qui parle de Wechat plus en profondeur ici.

2. La face et le smartphone

Abordons à présent une notion très importante. La face. La mianzi (面子) en chinois. Cette notion intervient dans bon nombre d’aspects de la vie chinoise. Avoir de la face, ça revient à avoir du cachet. On brille en société de par sa réussite. Qu’elle soit d’ordre intellectuel ou matériel, la première à être repérée rapidement c’est la seconde. En bref, avoir une grosse voiture, de beaux habits, une belle femme (vous avez bien lu) et le dernier smartphone en date vous apporte de la face. Combinez le tout et votre mianzi brillera aussi fort qu’un feu de la Saint-Jean.

C’est l’une des raisons majeures pour laquelle le taux de smartphones dernier cri par personne atteint des propensions ahurissantes en Chine. Surtout lorsque l’on sait que le salaire moyen est de 300 à 400 euros par mois. D’où découle la nécessité d’exposer la bête électronique au vu et au su de tous.

Une touriste chinoise se prend en photo non loin d'un énorme singe au mont Emei

Une Chinoise nous a même avoué ressentir « de la pitié » pour une personne ne pouvant pas se payer un bon téléphone. L’affirmation prête à sourire, moins lorsque l’on commence à comprendre le délire sociétal auquel on est confronté. Et même si la chose est totalement assumée ici, la pensée est-elle vraiment absurde de notre côté ?

2. Le besoin d’évasion ou la sensation que votre vie se passe ailleurs

Pour cette raison, je vous offre une réflexion personnelle sur sa mousse de philosophie gourmande. Chacun la déguste à sa sauce.

On en a tous fait l’expérience. Plus on s’occupe, moins on se perd dans des applications stériles en quête d’occupation pour venir combler nos manques en tout genre. A contrario, plus on est oisif, plus on se perd dans les méandres de la connerie électronique. Jusqu’à faire de ces habitudes des réflexes inconditionnels qui dépassent même l’ennui.

En Chine, l’omniprésence du smartphone donne ce genre de situations. Dans le métro, on regarde des dramas insipides à des années-lumières de la réalité, on lit le journal national ou on échange des broutilles entre copains. Au bar ou au restaurant, on s’assoit autour d’une table, on commande un verre et on s’évade sur son téléphone, loin de la personne qui nous fait face. Dans la rue, on se prend des photos à s’en voiler la face, on a le nez collé à l’écran et on brave des foules entières sans un regard.

Que loupes-tu quand tu es sur ton téléphone ?

Et pourtant, à travers le voile de cette nouvelle addiction, l’humain n’est pas loin. Quand l’attention est attirée hors de l’écran, les nez et les regards se relèvent promptement. Toutefois, à chacun de veiller au grain.

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