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Le désert du badain jaran ou les dunes les plus hautes du monde

Savoir que le Badain Jaran renferme les plus hautes dunes du monde est une chose, se confronter à leur masse écrasante en est une autre.

S’il y a bien un endroit où je rêvais d’aller, c’est au nord de la Chine. A savoir, dans une zone à cheval sur la province du Gansu et la Mongolie-Intérieure, en plein coeur de la route de la soie : le désert du Badain Jaran – 巴丹吉林沙漠 (Bādānjílín Shāmò). 
 
Pour l’anecdote, en chinois, le mot désert se prononce chameau…
 
En Mongol, son nom signifie le désert des lacs mystérieux. Une appellation justifiée puisque qu’il renferme une centaine de lacs constamment alimentés par des eaux de fontes souterraines. Encore méconnu du grand public, donc peu touristique, le désert du Badain Jaran renferme pléthores de dunes parmi les plus hautes du monde. La plus grande en son sein, Bilutu, s’est d’ailleurs vu attribué le nom d’Everest du désert. C’est dans un cadre sauvage et relativement préservé de l’activité humaine (mais plus pour longtemps) que l’on se coupe de tout. Mais avant de vous conter le désert et ses camélidés, commençons par le début.
 

De Chengdu au Badain Jaran, au fil des heures

22 heures. La durée du train entre Chengdu et la ville de Lanzhou, capitale du Gansu, à de quoi déconcerter. J’avais jusqu’à présent pris une seule fois le train couchette pour une durée inférieure lors de mon escapade aux montagnes d’Avatar. Vivement traumatisée par les toilettes, j’appréhendais un tant soit peu ce nouveau voyage. J’avais tort. Finalement, j’ai adopté le train couchette à la chinoise.

Dans le train couchette, on est mélangé aux chinois qui, eux, vaquent à leurs occupations. Le wifi étant autant dire inexistant, le téléphone est vite relégué au rang de simple montre. On prend le temps de bouquiner, d’observer, de piquer un roupillon, de manger, de se perdre dans les paysages qui défilent ou de tailler la bavette. Bref de faire le chinois, le téléphone en moins. On prend le temps de prendre le temps. Et ça fait du bien.

L’expérience mérite d’ailleurs un article à part entière qui ne saurait trop tarder. Je suis même prête à vous livrer le secret de ma méthode infaillible pour apprécier vos pauses toilettes dans un train couchette.

22 heures de train donc, auxquelles il faut exceptionnellement rajouter 3 heures d’arrêt dû à un tremblement de terre et nous voilà arrivés à Lanzhou, capitale du Gansu.

Et des heures…

Cinq heures plus tard nous embarquons dans un second train-couchette à destination de Zhangye, la dernière ville avant le désert, où nous arrivons au bout de six heures de voyage.

Au petit matin, une dernière étape nous attend : 150 km de voiture jusqu’à l’entrée du désert. Rajoutez à cela une pause sur le bas côté d’une heure et des grains de sable pour cause d’absence de liquides de refroidissement et d’atmosphère viciée dans l’habitacle. Notre chauffeur à laissé sa voiture gentiment paître avec les chameaux avoisinants et à négocier notre embarquement à bord d’une voiture de passage.

Trente kilomètres plus tard, nous étions arrivés.

L’immensité de notre curiosité s’est prise une claque magistrale en pleine poire.

Aéropic au sein du désert du Badain Jaran

A la conquête des dunes

Savoir que le Badain Jaran renferme les plus hautes dunes du monde est une chose, se confronter à leur masse écrasante en est une autre. Les premiers grains de sable foulés, vous arpentez une immensité faite de montagnes sablonneuses aux arrêtes franches et aux courbes arrondies. Tantôt feront-elles bloc autour de vous, vous toisant magistralement de toute leur hauteur, tantôt cèderont-elles abruptement la place à de vastes étendues de sables.

Au fil des méandres d’une route éphémère, qui parfois s’efface dangereusement, de nombreux lacs de tailles et de couleurs variées, se révèlent, nichés en leur sein. La beauté du lieu devient rapidement passionnelle, pour ne pas dire obsessionnelle. Il est alors légitime de se demander si deux jours suffiront à vous rassasier d’émotions nouvelles.

Deux choses m’ont particulièrement marqué.

Les dunes du Badain Jarain comptent parmi les plus hautes du monde

Premièrement, la mise à jour nécessaire de la notion des distances. Ce qui vous semble proche ne l’est PAS DU TOUT. Ce qui vous paraît être une seule dune en est en fait plusieurs, souvent séparées par de profondes dépressions.

Secondo, la difficulté de mouvement. Lorsque les pieds s’enfoncent jusqu’à la garde dans le sable mou, toute ascension devient calvaire. Amateur de squats et de fitness ? Deux jours dans le désert équivalent à une douzaine de séance en salle.

Bilutu, l’Everest du désert

Vous vous souvenez du mont Bilutu ? Notre programme comprenait son ascension et nous l’avons seulement atteinte en fin de journée. La nuit commençait à tomber mais, malgré les mises en garde de notre chauffeur, têtue comme un bouquetin, j’ai décidé de l’escalader. Une gorgée d’eau et je me suis élancée. Vingt mètres plus loin, mon coeur faisait déjà des bonds dans ma poitrine. Ce fut une lutte coriace contre la gravité.

Tous les touristes chinois redescendaient déjà, me lançant des regards éberlués pour certains, des encouragements pour d’autres. A 20 mètres du sommet, j’étais seule.

J’ai fini l’ascension, les quatre pattes dans le sable, quelques râles peu élégants en guise d’encouragement, la trachée en feu, desséchée, mais heureuse. Soudainement,  je me suis retrouvé face à un vide abrupt. J’avais atteins le sommet de l’Everest du Badain Jaran. J’ai pu contempler à 360 ° l’infini des reliefs que la lune baignait d’une douce lueur. J’avais rarement expérimenté une telle euphorie. J’ai pris le temps de savourer ce dépaysement total et cet instant de solitude absolu. J’ai ris une dernière fois à la lune puis il m’a fallu redescendre.

1 heures d’ascension, 5 minutes de contemplation, 10 minutes à dévaler les dunes mais ça vaut le coup.

Le désert Badain Jaran et sa plus haute dune, Bilutu ou l'Everest du désert

Les chameaux du Badain Jaran

Ce sont les chameaux de Bactriane. Ils sont légion dans la région. Libres ou non.

Moi et mes compères avons payé une heure de ballade à chameau. Je m’en serais passé volontiers.

En trois spots, une rangé de chameau alignés comme des petits soldats, attendent le prochain fessier du touriste. Le sourire en coin du camélidé est trompeur, ce sont des pauvres bestiaux avec un clou dans les nasaux. Pour l’avoir vu, un chamelon s’élève à coup de gnons dans la gueule, pattes et têtes étroitement serrées entre elles. En bref, on oublie l’image exotique de la caravane partie à la conquête de la route de la soie.

LE COIN PRATIQUE

ORGANISATION GLOBALE 

Avant votre entrée dans le Badain Jaran, vous passerez certainement la nuit dans l’une des deux villes les plus proches du désert : Zhangye ou Bayan Olji. Le lendemain, si ce n’est déjà fait, trouvez un chauffeur qui puisse s’occuper des modalités suivantes : A/R entre votre ville et le Badain Jaran.

Pour les intéressés, je peux vous mettre en relation avec une pépite de chauffeur qui, de surcroit, connaît le meilleur restau de la région. Laissez moi un commentaire ou écrivez moi en utilisant le formulaire ici.

Une fois dans le Badain Jaran, vous embarquez dans votre 4X4 privé. Vous connaissiez le mal de mer ? Le mal des montagnes russes ? Mixez les deux, vous obtenez ainsi le mal du désert. J’ai fait du siège avant mon fief. Jouissif mais maladif.

Dans le Badain Jaran, un chauffeur en 4X4 est mis à disposition pour voguer sur les dunes

Concernant la nuit dans le désert, l’un des hôtels du parc est niché entre deux vastes lacs, sous l’œil de la majestueuse Bilutu. Soyez prévenu, vous ne pourrez pas y prendre de douche. Je vous recommande également d’aller enfouir vos besoins au beau milieu des dunes.

Pour ce qui est de la visite, 28 arrêts et autant de points clefs à observés sont prévus. Deux jours sont amplement suffisants pour tout faire. En revanche, si c’était à refaire, j’en prendrais 3 pour randonner hors des sentiers battus. Pour les voyageurs possédant le matériel adéquat, demandez à planter votre tente sur une dune anonyme !

QUELS COÛTS ?

J’ai pour la première fois fait appel à une agence pour cette escapade. Mes coûts seront donc un chouilla incomplets. Ayant eu un différent avec cette dernière, je ne vous la recommanderai pas.  Sachez également qu’avec une agence, le prix sera 2 à 3 fois plus élevés qu’une organisation faite maison.

Aller ou retour Lanzhou/Zhangye en TGV sur Ctrip : 135 RMB

Chauffeur : à négocier selon votre voyage idéal.

Entrée désert : 220 RMB

4X4 avec chauffeur à la journée : 2000 RMB

Hôtel Lanzhou ou Zhangye : selon les préférences, je préfère vous envoyez lorgner booking.

Tip pour chauffeur : 100 RMB / jour (libre à vous d’être plus généreux ou pas). Ils refuseront à prime abord mais sachez que c’est un sacré numéro. Insistez d’arrache pied quitte à placer les billets directement dans la poche de l’intéressé.

COMPLÉMENT D’INFORMATION

Pour un complément de dépaysement, je vous invite à regarder l’excellent documentaire d’un homme qui a entrepris la traversée du Badain Jaran à pied avec pour seule compagnie son équipement fait maison : cliquez ici.

Un second blog parle du sujet d’excellente manière : cliquez ici.

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