Aeropicus

A l'assaut du mont emei !

S’il y a bien une représentation véridique de la Chine que je m’étais faite avant de partir, c’est au mont Emei que je l’ai trouvé.

Le Mont Emei est l’une des quatre montagnes sacrées liées au Bouddhisme en Chine. Situé à une petite heure en train de Chengdu, c’est un passage impératif dans la province du Sichuan. Un endroit où l’on évolue d’un paysage pittoresque à l’autre et où terre et ciel se côtoient dans un ballet incessant. Certains prétendent même qu’il est possible d’y observer la lumière de Bouddha …

Un conseil, avant d’y fouler les premières marches menant au sommet du mont Emei, préparez bien votre journée !

Ce même conseil, moi et cinq compères l’avons superbement ignoré. En pleine saison touristique, sans réservation d’hôtel en poche, l’esprit et le cœur légers, notre bonne copine l’embrouille nous a rejoints.

Tout d’abord, commençons par les présentations de base. Voici une carte de la bête (cliquez sur l’image pour une meilleure résolution) :

1. Logistique du mont Emei

Le mont Emei ou Emeishan (峨眉山) en chinois, c’est 3099 m taille adulte. Pour la gravir, deux moyens se proposent :

  1. Vous commencez par le bas et vous gravissez 60 000 marches… en 2 à 3 jours. Selon le rythme de chacun, il y a aussi possibilité de passer la nuit dans l’un des temples bouddhistes qui jalonnent le chemin.
  2. Vous prenez un bus (ou une voiture de rallye, le souvenir est vague mais c’est à peu près la même chose) 2 heures durant pour gravir la quasi-totalité du mont. Ensuite, vous achevez l’ascension par une 1h30 de marche à pied. Ça décrasse agréablement les gambettes et c’est toujours plus gratifiant de fournir un tant soit peu d’effort. Une vue à vous en émoustiller la dopamine, ça se mérite. Pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas faire autrement, un téléphérique parcourt le dernier tronçon en moins de 10 minutes.

Faute de temps, et de motivation pour la majorité, nous avons choisi la seconde option avec finition pédestre. En somme, traduisez : nous avons été pris de flemmardise aiguë.

Partis en début d’après-midi, nous sommes finalement arrivés au sommet sur les coups de 18 heures. S’il y a bien une représentation véridique de la Chine que je m’étais faite avant de partir, c’est au mont Emei que je l’ai trouvé. Sinuant entre les paysages vallonnés piquetés de sapins, la brume donnait au tableau une atmosphère mystérieuse et apaisante.

2. A la recherche du toit perdu

Après une première inspection des lieux, quelques selfies de travers avec un sourire jusqu’aux oreilles, il a fallu commencer à chercher un hôtel. Le mont Emei est réputé pour être THE place-to-be afin d’admirer un lever de soleil. Le mieux est donc de dormir au sommet où se côtoient une dizaine d’hébergements tout au plus. D’où l’importance d’une réservation. Dans notre cas, nous allions vite découvrir qu’ils étaient tous complets, à quelques exceptions prêts.

Paysage typique chinois entre brume et montagnes au mont Emei

Au début de notre recherche, on nous a proposé un canapé nain trois places à la réception d’un hôtel pour la non modique somme de 100 RMB/personne, soit 13 euros. Pas besoin d’avoir fait polytechnique pour comprendre qu’à six, dont deux grands gaillards, l’addition de nos postérieurs dépasserait la limite d’espace disponible pour s’y installer confortablement. Nous avons décliné l’offre.

La nuit commençait à tomber. Il a donc été décidé de former trois groupes de deux pour couvrir plus rapidement les hôtels encore inexplorés.

Bizarrement, en errant de déception en déception sur ce bout de rocher, je ne m’inquiétais pas plus que cela d’une possible nuit à la belle étoile. Je vous ai déjà parlé du jemenfoutisme ambiant que l’on peut expérimenter ici ? J’y consacrerai sûrement un prochain article tant le processus est intrigant et vital.

Deux d’entre nous ont finalement déniché une chambre de libre. Deux autres, extatiques, les ont rejoints pour connaître les commodités. Les deux derniers ont vite rappliqué, une lueur paisible émanant de leurs globes oculaires cernés.

Le contentement général fut de courte durée. La chambre disponible possédait trois lits. La réceptionniste non plus n’avait pas fait polytechnique. Pourtant, elle a vite compris que six compères, dont deux grands gaillards, allaient lui payer une chambre au rabais. Elle nous à donc affirmé le plus sereinement du monde, sans mentir, que tout était complet. Un chouïa penauds, nous sommes ressortis…

… pour croiser aussitôt un élan de bonté humaine aussi rare que touchant. Une famille de quatre Chinois avait entendu nos déboires à la réception. Après nous avoir rejoints, ils nous ont le plus naturellement du monde proposé de partager leur chambre de trois lits simples. Eux par terre, nous dans les lits. J’avais cru mal entendre sur le coup. Comme ce n’était pas le cas, nous avons vivement précisé que le sol ferait très bien l’affaire mais nos nouveaux héros maniaient le sourde oreillisme à merveille.

L’étape suivante allait être plus corsée.

3. Confrontation

Pour atteindre leur chambre, il a fallu se faufiler par une porte dérobée à l’arrière de l’hôtel. Nous avons progressé dans les couloirs à coup de « chuuut » plus rigolards que murmurés. La réception se dessinait au loin.

Arrivés au premier étage, nous sommes tombés sur un autre grand gaillard en pantoufle et robe de chambre. Nous l’avons regardé droit dans les yeux, il nous a regardés de travers. Nous en avons déduit au regard et à la dégaine qu’il s’agissait du concierge.

S’élancer jusqu’au deuxième étage, se jeter dans la chambre et lui claquer la porte au nez n’a bizarrement pas joué en notre faveur. Nous avons eu beau nous planquer derrière les lits et les rideaux, toute la direction de l’hôtel est venue se camper devant notre chambre. Une guerre de positions a débuté, ponctuée d’éclats de voix et de brefs moments de répit. Néanmoins, ça n’avait pas l’air de gêner nos héros d’un soir qui commençaient tranquillement à répartir les lits.

Après un certain temps de pourparlers animés entre les deux camps, nous nous sommes résignés à partir chercher refuge ailleurs. Il se faisait tard, personne ne voulait s’avouer vaincu et nous ne voulions pas causer de torts à notre généreuse famille. C’est tous ensemble que nous nous sommes replongés dans la brume nocturne du mont Emei en quête d’une ultime solution.

4. Délivrance 

Le premier réflexe fut de retourner au premier hôtel visité afin d’y investir son canapé nain. Cependant, une famille de Chinois y avait déjà établi campement. Nos amis nous ont rassurés et se sont lancés dans de nouveaux pourparlers enjoués. C’est au bout d’une heure que notre solution a pris forme, lorsque le staff s’est subitement mis en branle-bas de combat. Il nous a rapporté des matelas, des draps, des couvertures, des oreillers, des brosses à dents, des chaussons et nous a installé tout ce joyeux bordel dans le hall d’entrée. Il ne restait alors plus qu’à payer nos 100 RMB chacun et à s’affaler sur notre campement improvisé. Ce que l’on a fait après avoir chaleureusement remercié nos bienfaiteurs en leur promettant de les rejoindre pour le lever du soleil. La nuit fut courte et atypique mais finalement douillette !

Comment nous en sommes tenu à dormir à la réception d'un hôtel à Emeishan

En fin de compte, le lever du soleil valait son pesant de tribulations. C’est sous un ciel d’un bleu peu commun en Chine que nous avons exploré doucement le reste du sommet puis il nous a fallu redescendre à contre-courant d’un flux nouveau de touristes.

La prochaine fois, j’attaque les 60 000 marches !

Aéropic au sommet des nuages à Emeishan

LE COIN PRATIQUE

COMMENT SE RENDRE AU MONT EMEI ? A QUEL PRIX ?
Tous les prix indiqués ci-dessous sont valables pour une personne : A/R Chengdu/Emeishan (ville) en train sur Ctrip : 1h20 pour 65 RMB A/R Emeishan/téléphérique en bus à acheter directement à la gare : 90 RMB Téléphérique jusqu’au sommet : 60 RMB monté / 55 RMB descente Accès au mont Emei : 180 RMB de mi-janvier à mi-décembre / 110 RMB de la mi-décembre à la mi-janvier Hôtel : que ce soit dans un temple bouddhiste ou une réception d’hôtel – 100 RMB grosso modo
QUAND ALLER AU MONT EMEI ?
La meilleure période pour bénéficier des températures clémentes est de mai à octobre. En revanche, gare aux pluies estivales plus fréquentes que le restant de l’année. Pour ma part, j’aimerais également y retourner en hiver. Pour avoir vu des photos, le mont Emei a plutôt fière allure sous sa parure enneigée !
QUE VOIR ?
Un mont classé au patrimoine de l’UNESCO, des singes, des temples, des touristes, des nuages en long, en large et en travers, des moines, des familles entières déguisées en Panda, un levé de soleil si le temps le permet et sûrement des situations incongrues si vous mettez les pieds en plein dedans.
Et la lumière de Bouddha ? 
Un simple phénomène de réfraction de la lumière. Comprenez, un arc-en-ciel circulaire se reflétant en contrebas de votre point de vue. Autrefois, les pèlerins y voyaient un appel de Bouddha et pour cette raison, s’élançaient parfois à sa rencontre … je vous le déconseille fortement.
Dernier conseil … GAFFE AUX SINGES !
Les singes du mont Emei, parlons-en. Ou devrais-je dire, les singes de bon nombre d’endroits touristiques en Chine pour les avoir souvent rencontrés. Ils sont là chez eux. Et en bons maîtres des lieux, l’animal s’est adapté au nuisible que nous sommes. Qui dit foule, dit curiosité et surtout, dit nourriture. Le singe aura donc l’intelligence d’obtenir de la nourriture facile puisque les badauds lui en jettent de bon coeur. Il semblerait que certains d’entre eux souffrent d’une obésité apparente. La foule, donc, bruyante et parfois agressive oublie qu’elle fait face à un animal sauvage avec des réactions en conséquence. Il y a régulièrement quelques mouvements de paniques quand le flux de touristes est trop important et donc quand les singes sont trop excités. Ils sont apparemment plus relax dans les endroits moins fréquentés comme le rapportent d’autres blogueurs ayant effectué l’ascension à pied. En somme, si vous en croisez, gardez vos distances, restez calme et rangez vos objets de valeur.
Une touriste chinoise se prend en photo non loin d'un énorme singe au mont Emei

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